Mairie de Bersée
Le curieux calvaire en fer forgé situé à l'angle des rues du Mingoval et des Quatre Bons Dieux fut édifié, après la Révolution, par d’anciens émigrés, les frères Ricourt, fils d’une famille aisée de cultivateurs.
Suspectés de sympathies contre-révolutionnaires, ils furent arrêtés mais réussirent à fuir, puis à quitter la France.
A leur retour, ils firent ériger quatre crucifix adossés, accomplissant ainsi le voeu qu’ils avaient formé d’élever un monument à la gloire du Christ, s’ils revenaient vivants de leur exil. Une restauration du calvaire est intervenue, en 1936, à la suite d’actes de vandalisme dont il avait fait l’objet.
Récemment, en 1992, les christs et le socle ont été à nouveau restaurés par les soins de la Municipalité et mis en valeur par des parterres fleuris.
Ci-dessous article Voix du Nord du 20 juillet 2012
Grâce aux Quatre Bons Dieux de la Carcasse, les Berséens ne perdent pas le nord... L'automobiliste curieux ne peut le manquer : le monument des Quatre Bons Dieux se dresse fièrement sur la route qui mène de la sortie de Bersée à Faumont. « Avec ses quatre crucifix orientés aux quatre points cardinaux, les Berséens ne peuvent pas perdre le Nord », dit-on ici plaisamment et pourtant... Quatre Bon Dieu comme il est écrit sur la carte IGN, Quatre bons Dieux (avec un petit b) sur le cadastre officiel, ou encore Quatre Bons Dieux sur le plan actuel et les plaques de rue, la confusion est déjà là, dans l'écriture, dérangeante pour certains. À tel point qu'autrefois une personnalité de Bersée refusait d'accoler son nom à cette appellation qu'il jugeait sans doute malséante ou mécréante en choisissant de se déclarer domicilié dans une rue adjacente.
Quatre Christ, peut-on y mettre un « s » ? Ou Quatre Bons Dieux avec un pluriel hypothétique ? Est-ce finalement un monument religieux ou païen ? Peut importe. Maintenant pour les Berséens, il fait partie de leur histoire et c'est aussi ici leur fierté d'affirmer que ce monument est unique au monde. De plus, curieuse coïncidence, il est situé à l'entrée de la rue de la Carcasse. « Aux cardinaux de la Carcasse passe et repasse le chemineau », écrit le poète. Ça ne s'invente pas. D'autant que son histoire liée à l'Histoire de France est aussi rocambolesque.
Les malins arrivent à saouler leur escorte
Ce curieux calvaire en fer forgé fut édifié par d'anciens émigrés, les frères Ricourt, issus d'une famille aisée de cultivateurs. Suspectés à la Révolution de sympathie pour l'Ancien Régime, ils furent arrêtés par la gendarmerie qui devait les conduire à la prison de Douai. Sur le chemin, ces deux malins réussissent à saouler les gendarmes qui les escortaient et à leur fausser compagnie pour se sauver en Angleterre. En érigeant quatre crucifix adossés, à quelques dizaines de mètres de l'emplacement d'un ancien calvaire dont la présence est attestée avant la Révolution, près de la drève du château, ils accomplissaient le voeu qu'ils avaient formé d'élever un monument à la gloire du Christ s'ils revenaient vivants de leur exil. On peut lire sur le socle cette inscription assez curieuse : « Dieu a pardonné, déportés émigrés priez, Dieu de bonté, protégez Bersée, 1793. Dieu hait l'orgueil et l'hypocrisie, l'écriture le dit, 1838. » Cette dernière date est vraisemblablement l'année de construction du calvaire, aux dires de Louis Faille, historien, qui a beaucoup écrit sur Bersée.
Ce monument fut restauré une première fois en 1936, à la suite d'actes de vandalisme. En 1992, les Christs et le socle ont été nettoyés et remis en peinture par les soins de la municipalité. Depuis, ce calvaire fait partie du patrimoine historique du village et il est, tout comme la tour de l'église, étroitement associé à son image. D'ailleurs, il y a déjà une trentaine d'années, dans un article de La Voix du Nord daté du 14 juillet 1979, l'ombre des quatre crucifix adossés servait d'illustration à un article de Roger Mauroy intitulé Une commune où il fait bon vivre, Bersée. Un titre qui à l'époque avait fait couler beaucoup d'encre, tout comme les « Quatre Bons Dieux » qui n'ont pas fini de faire parler d'eux, mais en rassemblant tout le monde, croyants ou pas.
C. F. (CLP)